Sauver la démocratie sociale


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Un nouvel ouvrage sur le dialogue social et la démocratie sociale, qu’en penser ?

Tout d’abord, il faut lire ce livre « Sauver la démocratie sociale » en entier et ne pas se limiter aux propositions faites à la fin de l’ouvrage comme l’ont fait, je pense, beaucoup de commentateurs en parcourant les différents avis parfois virulents.

Il est un très bon résumé de la situation dans laquelle nous sommes aujourd’hui, une sorte d’impasse que personne ne veut admettre. Je retrouve ce que j’ai appelé dans la dernière note de conjoncture sociale « du toujours plus de quelque chose qui n’existe pas ou plus » ou « sauve qui peut » pour expliquer la fin de la limitation des mandats !

A regarder de plus près, les critiques viennent surtout de syndicalistes et d’experts (souvent ex-syndicalistes) sur la vision sous-disant pessimiste des auteurs ainsi que sur la non pertinence des solutions ébauchées.

Malheureusement, à regarder l’origine des critiques, elles sont souvent, le fruit des postures traditionnelles. Elles donnent en quelque sorte raison aux auteurs sur la difficulté de trouver des leviers d’innovation sur ce sujet !

Par exemple, la levée de bouclier, en proposant que la grève, droit constitutionnel, n’intervienne qu’une fois tous les leviers de discussions épuisés. Cette proposition de bon sens, se résume à :  ils proposent « fin du droit de grève » pour certains.

La démocratie sociale est malade mais certainement depuis toujours selon la définition empruntée aux pays du nord de l’Europe, mais si étrangère en France avec notre histoire atypique. Ce ne sont pas les lois votées pour lui donner une place dans la gestion d’une entreprise (élargissement de la négociation sociale en entreprise, règles pour donner de la légitimité aux acteurs qui négocient par le calcul de l’audience, fin du principe de faveur dans la hiérarchie des normes sociales) qui ont permis de modifier la vision du dialogue social chez nous.

Je note toutefois ne pas avoir lu de remarques ou critiques de professionnels des relations sociales des entreprises. Il est vrai que le temps manque pour lire ce type d’ouvrage sur des sujets pourtant si fondamentaux pour le dialogue social dans les entreprises des prochaines années.

Il y a encore un an, DRH en activité, mon agenda social était bouclé pour l’année, aurais-je pris moi-même le temps de lire cet ouvrage plutôt qu’un bon roman ?

Par contre, le fait que les commentaires ne soient pas ceux des opérationnels en entreprise du dialogue social est LE CONSTAT que ce sujet n’est pas discuté par la moitié des personnes concernées. Sujet d’expert ?

Les auteurs insistent qu’un des soucis est celui de la représentativité syndicale dont celle de la représentativité patronale !

Cet ouvrage, écrit par des experts reconnus dans le domaine, est une excellente synthèse de l’histoire des réformes vécues (ou subies) ces dernières années en rappelant les enjeux qui les sous-tendaient.

Nous avons tendance à oublier les contextes politiques des différentes lois que nous avons appliquées souvent à contrecœur. Loi Rebsamen, loi Travail, ordonnances Macron.

Les jeunes professionnels RH ou juristes (qui pilotent souvent le dialogue social en entreprise) connaissent peu ou pas du tout cette histoire récente du dialogue social et pourquoi ces réformes ont été faites. Avoir ce background historique récent contribue à porter un regard distancié sur ce qui est fait au quotidien.

Ce n’est pas tout de remplir l’agenda social mais il est nécessaire de se poser la question du sens (direction et signification) de ce qui est fait au quotidien.

Les auteurs expliquent que la faiblesse du syndicalisme à la Française malgré les réformes successives est en partie lié au décalage entre la volonté farouche (et parfois idéologique) de développer la négociation en entreprise pour créer la norme au plus proche du terrain (parfois à marche forcée) et la faiblesse et le manque de légitimité des acteurs qui représentent les salariés. Ne pas le voir et l’accepter c’est faire l’autruche.

Les auteurs rappellent aussi « pour le dire brutalement, le syndicalisme français n’est plus depuis longtemps, un syndicalisme d’adhérents (…) le nombre d’adhérents n’a joué presque aucun rôle dans la représentativité (…) la part des cotisations dans le financement du syndicalisme de même ».

En conclusion, le syndicalisme à la française est miné par « le politique » et personne n’est dupe. Je le vérifie à chaque intervention en formation, séminaires ou conférences !

Le constat des auteurs, certes sévère est réaliste.

Par contre les auteurs ne tirent pas les conséquences de ce qu’ils décrivent tout au long du livre dans leurs préconisations et continuent d’essayer de sauver le même système avec encore plus de réformes.

-       « Réduire l’atomisation des syndicats en relevant significativement les seuils de représentativité » MAIS cela contribuera-t-il à légitimer des acteurs et amener les salariés au vote ?

-       « Inscrire dans la loi une différence nette entre rôles des partis politiques et des syndicats » MAIS la loi est-elle la baguette magique qui changerait plus d’un siècle de relations sociales en France ?

-       « Loger les négociations interpro au CESE ». Certes le symbolisme est important mais soyons sérieux… est-ce un changement de lieux qui va changer !

-       « Pacifier la démocratie sociale en imposant un temps de négociation avant les appels à la grève » comme nos voisins ? Nous ne sommes pas l’Allemagne, nous n’avons jamais été les pays scandinaves. Le doit de grève n’est pas remis en cause mais les dernières mobilisations posent tout de même la question de la méthode !

-       « Renforcer la présence des représentants du personnel en CA » MAIS n’y sont-ils pas déjà présents et pour quels résultats ?

-       ….

Qu’est-ce que changeront ces nouvelles réformes pour les entreprises ?

Les auteurs font un constat intéressant de la situation mais restent sur une analyse très institutionnelle du dialogue social en proposant à nouveau des lois.

Une réforme de fond est impossible à ce jour, personne n’a intérêt, à ce jour, à voir bouger les choses … regardons la Conférence Sociale actuelle (TER : Travail, Emploi, Retraite), prototype du dialogue social institutionnel voulu par le gouvernement…Pourquoi ?

En rencontrant de nombreux DRH, DRS, Dirigeants d’entreprises ou salariés à travers mes conférences sur la conjoncture sociale ou les diagnostics sociaux, rares sont-ils à avoir même entendu parler de cette conférence !

Leurs préoccupations sont ailleurs. Repartons des besoins, des vraies attentes, d’un renouveau dans le besoin de collectif dans les équipes, expérimenter en faisant des pas de côté face aux différentes injonctions et en dépassant les peurs de ne pas « être dans les clous juridiquement » ou «de froisser tel ou tel acteur ».

Parler organisation du travail, de l’activité, intérêt du travail sans non plus le survendre, casser ces spirales des RPS, de l’absentéisme, des déceptions de tous.

Remettre les débats à portée du réel, des questions qui se posent tout simplement au quotidien et çà marche !


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