"Séminaires" : Chapitres 1-2

07 Fév 2022 Michèle Rescourio-Gilabert Roman

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A la mémoire du Dr Rachid DJOUDI

 

Un médecin, un dirigeant que j'ai eu la chance d'avoir comme directeur. Les valeurs humaines qu'il défendait resteront gravées dans la mémoire de tous ceux qui ont eu la chance de le connaitre. 

 

 

1ère partie

 

chapitre 1

- Vous avez vu « Enquêtes à Vivre » mardi soir sur la 2 ? Quel scandale. Comment peuvent-ils construire leur conviction en interrogeant un seul délégué syndical ? Qui en plus avait des comptes à régler avec son entreprise ! Comme chez nous, j’ai cru reconnaître certains de nos syndicalistes.

 

Philippe Couturier, le directeur opérationnel (DOP) accoudé au bar où le petit déjeuner d’accueil est servi, sait qu’en lançant ce sujet, il va faire mouche. Alexandre et Jean s’approchent et prennent vivement part à la discussion.

 

Nous sommes tous à la campagne en ce début Octobre pour un séminaire de rentrée un peu particulier.

Un conflit social a éclaté en février de cette année, quatre mois avant mon arrivée, sur la plateforme téléphonique d’Asnières et s’est propagé aux animatrices dans les grands magasins. Cette grève, personne ne l’avait  vu venir, pas même Christian Martin, le PDG créateur de l’entreprise, Medical Services Group.

 

Tout le monde a été traumatisé. C’était LE premier conflit !

 

Ce séminaire avec les membres du Comité de direction, à la campagne, loin de Paris,  va tenter de nous faire comprendre ce qui a déclenché ce véritable tsunami.

 

Dans une ambiance qui se veut décontractée, en mode « casual », comme on dit,  nous allons passer  deux jours ici dans ce petit hôtel particulier de la Vallée de Chevreuse. Mes collègues ont tous troqué le costume gris ou noir et la chemise blanche pour le petit polo et le pantalon de toile, mais cela va-t-il suffire pour  libérer les échanges et le partage de ce diagnostic tant attendu?

 

Je sais très bien que Christian n’est plus sûr de rien, lui qui a créé l’entreprise il y a 20 ans.

 

Son intuition d’entrepreneur lui a rappelé que tout pouvait à tout moment exploser. Il m’a recruté  pour cette raison. Je suis la première DRH de l’entreprise.

 

Au moment du mon entretien d’embauche il a été transparent et m’a avoué qu’il ne pouvait  plus gérer une entreprise de 2000 personnes comme une PME ! « Le développement ne peut continuer qu’avec l’adhésion de ses hommes et de ses femmes » m’a t-il dit « et ils ont fait grève, c’était contre moi, j’ai loupé quelque chose ».

 

Tout le monde ne partage pas sa vision, sa profonde remise en cause. En peu de temps, j’ai malheureusement pu m’en rendre compte. Certains ne sont pas très heureux de mon arrivée, de la place que j’ai prise auprès de Christian. Une femme en plus, la seule du CODIR. Je ne suis pas en terrain conquis, loin de là !

 

  • Lunettes roses et broche assortie, tu nous prépares au désastre avec ton diagnostic s’exclame Philippe Couturier en me regardant.

 

Une tasse de café dans une main et un croissant dans l’autre il rajoute encore plus fort pour forcer le rire de ses collègues.

 

  • Un jour en rose, un autre en bleu faut-il y décoder l’humeur de notre DRH ?

 

Quelques sourires gênés accueillent ces paroles dont le ton ne laisse guère entrevoir une quelconque gentillesse.

 

Jean pour faire diversion revient à l’émission qui l’a semble-t-il choqué.

 

- La presse a un pouvoir incroyable, et ces journalistes qui croient dénoncer des pratiques et  se font manipuler, moi ca me fait frémir. Une émission comme celle ci va avoir un impact direct sur  leur chiffre d’affaires. J’aimerais pas être le directeur financier de cette boite et ce type de scandale peut arriver à n’importe quelle entreprise, y compris la notre, tu ne crois pas Claire ?

 

Je me remémore des situations identiques dans mes précédentes expériences professionnelles comme DRH. Je sais très bien qu’après une émission comme celle ci, l’emballement médiatique est tellement incontrôlable que tous les communiqués de presse sont inefficaces.

 

- Oh oui, aucune entreprise n’est à l’abris. Faire la une de la presse n’est pas réservé aux autres, on l’a un peu vu en février dernier chez nous au moment de la grève quand France 3 est venu interviewer les animatrices.

 

- Je m’en rappelle très bien, ils étaient avec leur caméra à la sortie du magasin où nous faisions une animation rajoute Alexandre. J’ai eu la mauvaise idée d’aller ce jour là visiter ce client ! J’étais la direction qui exploitait et leurs questions étaient très orientées, je n’ai pas su comment réagir. Frédéric Julien était déjà là au nom de la CFDT. Dans mon école de commerce je n’ai pas été préparé à ce type de conflit !

 

-Et vous avez vu le délégué syndical dans l’émission qui s’appuie sur le rapport d’expertise du CHSCT repris sans recul par le journaliste ? Tout le monde sait  en plus que ce cabinet est très proche de la CFDT, enfin peut être pas tout le monde rajoute Jean.

 

C’est amusant d’écouter Alexandre Dupuis, jeune directeur marketing qui ne perçoit pas encore tous les jeux d’acteurs dans une entreprise et croit encore que tout le monde travaille avec le même objectif, à savoir développer des produits, trouver des clients et la vie est belle.

 

Il va vite apprendre y compris pendant ce séminaire que même dans un comité de direction comme le notre les enjeux des uns ne sont pas ceux des autres.

 

Avant que ce type de conversation ne tourne trop à un anti-syndicalisme et anti-journalisme primaire, nous sommes sauvés par Christian qui invite tout le monde à s’installer pour débuter la réunion.

Antoine Berthelot est à ses côtés.

 

 

 

Chapitre 2

 

-Je tenais tout d’abord à vous remercier pour votre collaboration, quelques années pour certains, n’est ce pas Philippe ?

Philippe, avachi sur sa chaise, se redresse d’un coup, son visage s’illumine visiblement heureux d'être cité dès l’ouverture.

  • Certains nous ont rejoint depuis moins longtemps mais c’est ensemble que nous avons construit cette belle entreprise.

Nous avons souvent été à la pointe de l’innovation et les projets en cours laissent encore envisager de beaux challenges. Nous sommes plus de 2000 aujourd’hui à travailler chez Medical Services Group et nous sommes implantés à Paris, Nantes, Lyon, Toulouse et bientôt Montpellier, rien ne semble nous arrêter, pourtant…

Et Christian devient plus petit d’un coup. Sa voix hésite, il a perdu en quelques secondes son panache de dirigeant. Il chuchote et semble parler pour lui seul. Son visage se crispe.

  • Nous ne sommes plus une start-up mais une entreprise de 2000 personnes ce n’est plus la même chose, je ne connais plus tout le monde. J’ai vécu personnellement  le conflit social de février comme une trahison, un coup de poignard dans le dos, moi qui depuis 20 ans ne vit que pour cette boite, cherche toujours à la développer, je me suis toujours battu comme un fou. C’est vrai que je n’ai pas compris ce qui s’était passé. C’est devenu une obsession pour moi de comprendre. En février, la seule certitude que j’ai eue c’était que j’avais été dépassé, NOUS avons été dépassés et que la gestion des ressources humaines ne pouvait plus se faire au feeling comme je l’avais fait jusqu’ici. J’ai recruté Claire pour nous aider et continuer notre aventure. 

 

J’observe l’assemblée pendant cette introduction de Christian, l’attitude, l’expression des uns et des autres révèle soit leur étonnement soit leur agacement. Le séminaire va-t-il permettre d’aller au delà de ces postures, parler en toute transparence, mettre sur la table pour quelques uns les divergences de fond ? Quelle chance de travailler comme DRH avec un dirigeant qui a la capacité de se remettre ainsi en cause.

 

  • Claire m’a proposé de réaliser un diagnostic pour mieux comprendre pourquoi nous en étions arrivés au conflit. J’avoue qu’au début  j’étais réservé sur la méthode quoi bon revivre ce moment douloureux ? Ma nature me tend plutôt vers les projets, le futur et non vers le passé. Mais elle m’a convaincu.

 

Des heures de discussions effectivement pour convaincre Christian que Medical Services Group ne pouvait reprendre son élan qu’en comprenant les raisons de cette cassure. Continuer à construire, se développer sur des bases solides en comprenant ce qui avait cloché. Le diagnostic social permet d’apporter des clés de lecture dans le seul objectif de continuer mais en connaissant les limites, les écueils  de l’entreprise. Aucun jugement, aucune thérapie de groupe. C’est ce que souhaitait Christian. Heureusement que je connaissais LA personne qui pouvait réaliser ce diagnostic en toute confiance, ils ne sont plus nombreux sur le marché !

 

  • Antoine Berthelot a interrogé ceux qui ont déclenché ce conflit, interrogé ceux qui l’ont subi, vous a interrogé vous membres du CODIR. Il va pendant ces deux jours, nous restituer ce diagnostic, nous aider à le partager, nous aider à trouver des leviers d’actions. Pour continuer, il faut savoir où nous en sommes. (petit clin d’œil à Claire).  Tout ne sera pas agréable à entendre y compris pour moi. Je sais très bien que nous ne résoudrons rien en deux jours, mais je souhaite sincèrement un vrai débat entre nous. On vous propose avec Antoine d’écouter cette restitution et ensuite d’ouvrir le débat.

 


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